Gravity (Alfonso Cuarón, 2013)

Affiche GravityGravity | Réalisé par Alfonso Cuarón | Avec Sandra Bullock, Georges Clooney, Ed Harris (USA, 1h30, 2013) | Date de sortie : 23 octobre 2013

Synopsis : Pour sa première expédition à bord d'une navette spatiale, le docteur Ryan Stone, brillante experte en ingénierie médicale, accompagne l'astronaute chevronné Matt Kowalsky. Mais alors qu'il s'agit apparemment d'une banale sortie dans l'espace, une catastrophe se produit. Lorsque la navette est pulvérisée, Stone et Kowalsky se retrouvent totalement seuls, livrés à eux-mêmes dans l'univers. Le silence assourdissant autour d'eux leur indique qu'ils ont perdu tout contact avec la Terre - et la moindre chance d'être sauvés. Peu à peu, ils cèdent à la panique, d'autant plus qu'à chaque respiration, ils consomment un peu plus les quelques réserves d'oxygène qu'il leur reste. Mais c'est peut-être en s'enfonçant plus loin encore dans l'immensité terrifiante de l'espace qu'ils trouveront le moyen de rentrer sur Terre.

Sandra Bullock dans Gravity de Alfonso Cuaron

L'espace, cet insondable rêve, cette étendue inattaquable, fascine avec la même ferveur qu'à l'époque de sa conquête. Aujourd'hui encore, des millions d'enfants (et leurs parents, devenus grands) continuent à s'imaginer, couchés sous les étoiles, qu'ils pourront, un jour, s'envoler pour les décrocher. Si ce fantasme reste, pour beaucoup, une douce utopie, pour d'autres, il s'est transformé en une solide matière cinématographique. Stanley Kubrick (2001 : L'Odyssée de l'espace), James Cameron (Avatar), Steven Spielberg (E.T., Rencontres du 3ème type), George Lucas (la saga Star Wars), Ridley Scott (Alien) … Tous se sont frottés à la représentation et à l'obsession du cosmos avant qu'Alfonso Cuarón, en disciple émérite, ne vienne ajouter son nom à cette liste vertigineuse.

Annoncé à tort comme une grosse production hollywoodienne tape-à-l'oeil et pompière, Gravity s'apparente plutôt à un blockbuster minimaliste voyant un songe d'immensité se muer en étouffant cauchemar. En même temps que celles de Ryan (une Sandra Bullock dans son plus grand rôle), le spectateur voit voler en éclats ses illusions et découvre viscéralement combien le fil ténu sur lequel flottent les astronautes peut se rompre à tous moments. Volontairement, le cinéaste s'est détaché de la métaphysique pour se recentrer sur le plaisir d'une histoire simple (mais pas simpliste) équilibrant magistralement son film entre classicisme, symbolisme et survival trépidant. Son script reprend la ligne directrice de dizaines d'autres : aller d'un point A à un point B, des limites du danger jusqu'à l'ultime sursaut de vie. Quant à l'épure du sujet, plutôt que d'être un fardeau, elle transcende la prouesse technique qui, une fois abolie dans ce ride immersif, s'improvise en point de vue.

De Ryan, scientifique douée mais équipière novice, on n'apprendra que son drame de mère au détour d'une conversation : ce sera bien peu mais suffisant pour comprendre le background d'un personnage isolé qui ne sait plus s'il faut continuer à vivre quand il lui devient plus facile de se laisser mourir. Au sein de cet objet filmique visuellement renversant, Cuarón marie l'horreur et la beauté en convoquant la peur du néant et l'encombrante solitude spatiale, seuls témoins d'une silencieuse et funeste dérive. Si la renaissance métaphorique se fait parfois trop visible (le cycle Darwinien final), elle est secondée par la stupeur de retrouver cet enthouasiasme de l'inattendu propre à la fascination de l'image. A la fois jamais-vu et jamais-vécu, Gravity administre une intense claque sensorielle dans une course résiliente aux allures de futur classique.

Céline Bourdin.

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