Damien Rice aux Folies Bergère et au Chalet des Îles

My Favourite Faded Fantasy de Damien Rice
 
Depuis la parution de 9 en 2006, Damien Rice s'est, en dépit de quelques concerts disséminés à travers le monde, surtout fait remarquer pour son silence et sa discrétion. Si bien qu'à une époque où les artistes sont de plus en plus prolifiques, enchaînant inlassablement album, promotion et tournée, son cas fait figure d'exception. 

Alors que beaucoup avaient perdu l'espoir d'entendre un jour de nouvelles compositions, une simple photographie – celle d'une track-list posée sur un piano – a mis le feu aux poudres en annonçant simultanément la sortie de son troisième disque, My Favourite Faded Fantasy, et une tournée mondiale. 

Après le Grand Rex, l'Olympia ou la salle Pleyel, l'artiste irlandais a, cette fois, décidé de poser ses bagages aux Folies Bergère avant de donner, le lendemain, un showcase « surprise » au Chalet des Îles devant une poignée de chanceux. Deux concerts, deux ambiances pour une expérience recto-verso proche du choc thermique durant laquelle Damien Rice a, tour à tour, soufflé le chaud et le froid.

Showcase privé de Damien Rice au Chalet des Îles

Mais commençons par le brasier des Folies Bergère où un public surexcité a boudé un peu vite une jolie première partie (Broken Twin, que je vous conseille), sans doute trop impatient de découvrir la suite du menu. Il faudra attendre que Damien entre en scène aux alentours de 21h pour calmer ce climat un brin dissipé et placer l'audience dans un profond état de sidération.

De prime abord, la configuration scénique (d)étonne : aucun musicien pour l'accompagner, juste une guitare et un arsenal de pédales-loop à ses pieds. Tandis qu'il entonne Colour Me In, extrait de son dernier opus, l'artiste impressionne d'entrée de jeu grâce à une voix mesurée, qui ne confond pas démonstration et intensité. Car c'est bien la grande force de Damien : savoir gérer ses effets dans un savant mélange fait de contrôle et de lâcher-prise.

Showcase privé de Damien Rice au Châlet des Iles

De cette finesse naît une émotion à fleur de peau, un ensemble d'interprétations authentiques à la construction minutieuse. Si les titres du nouvel album se fondent aisément dans la setlist, réservant pour certains de beaux moments (I Don't Want to Change You, notamment), les masterpieces de son répertoire tutoient la grâce absolue. Ainsi, l'enchaînement de Amie et de 9 crimes (dans une version semblable à la démo présente sur 9) est longuement salué par un public aux anges. Puis, l'ambiance monte d'un cran pour Woman Like A Man rageusement interprété jusqu'à un apogée rock magistral.

Fréquemment, l'artiste prend la parole, tantôt en français, tantôt en anglais, évoquant les huit années écoulées, les rencontres qui les ont ponctué ou les préjugés sur la vie d'artiste. Avec spontanéité et drôlerie. Instaurant une promiscuité inédite, Damien pioche aussi dans les suggestions du public l'une des chansons de la setlist, Sand, jamais endisquée, « connue par seulement sept personnes dans la salle ».

Showcase privé de Damien Rice au Châlet des Iles

Plus que de simples morceaux, chaque chanson est comparable à une petite nouvelle où sont posés personnages, rebondissements et progression narrative. Durant parfois plus de six ou sept minutes, elles composent un théâtre exposant les amours déchues et la douleur des ruptures forcées. Elephant, Eskimo, The Professor & La Fille Danse ou I Remember en sont de brillantes illustrations.

Au terme de deux copieuses heures, l'auteur-compositeur demande à deux grenobloises croisées en Espagne de le seconder sur l'emblématique Volcano. A cette occasion, le public est scindé en trois parties, transformé en chorale humaine martelant l'envoûtante montée en puissance finale.

Showcase privé de Damien Rice au Châlet des Iles

En guise de rappel, deux nouveaux titres, The Box et Trusty and True, viennent compléter le set. Sur ce dernier morceau, un choeur s'élève soudainement en fond de scène à la stupéfaction des spectateurs. Bientôt, le feu des projecteurs dévoile une chorale gospel mêlant leurs voix à celle de Damien pour un épilogue bouleversant. Lorsque les lumières se rallument dans des Folies Bergère au bord de la surchauffe, les heureux détenteurs d'une invitation pour le showcase du lendemain réalisent peu à peu leur statut de privilégiés.

Vingt-quatre heures plus tard, le cadre idyllique du Chalet des Îles accueille à son tour la folk mélancolique de Damien Rice, précédé sur scène par un groupe de trois sœurs anglaises, The Staves. Visiblement intimidées de se produire pour la première fois dans la capitale, les trois jeunes femmes parviennent néanmoins à conquérir un public curieux et attentif grâce à d'élégantes harmonies vocales (rappelant le meilleur de First Aid Kit).

Showcase privé de The Staves au Chalet des Îles

A leur suite (soit deux heures après l'horaire indiqué - ! -), Damien Rice prend place pour un set express de six chansons. Fatigue d'une journée trop remplie, manque d'envie ou lassitude ? Toujours est-il que l'auteur-compositeur nous donne l'impression « d'expédier » gentiment sa prestation sans prendre la peine d'interagir avec ses spectateurs.

Alors bien sûr la voix est, comme la veille, proche de la perfection mais il manque cette fois ce petit plus, cette chaleur humaine qui transformerait une agréable performance en moment de grâce. On préférera donc assimiler ce mini-concert à un bonus complétant l'inoubliable spectacle des Folies Bergère et attendre patiemment son retour dans l'Hexagone.

 Céline Bourdin

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My Favourite Faded Fantasy de Damien Rice

Nouvel album : My Favourite Faded Fantasy (disponible depuis le 3 novembre 2014)

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