Steve Jobs (Danny Boyle, 2015)

Steve Jobs | Réalisé par Danny Boyle | Avec Michael Fassbender, Kate Winslet, Seth Rogen (USA, 2h03, 2015) | Date de sortie : 3 février 2016

Synopsis : Situé dans les coulisses de trois lancements de produits emblématiques et se terminant en 1998 avec le dévoilement de l'iMac, Steve Jobs nous entraîne dans les coulisses de la révolution numérique pour peindre un portrait intime de l'homme brillant à son épicentre.

Second long-métrage sur l'icône Steve Jobs après la médiocre tentative instiguée par Joshua Michael Stern il y a deux ans, le nouveau film de Danny Boyle ne s'embarrasse pas de cet encombrant prédécesseur qu'il occulte et balaye d'un revers de main. Étiqueté comme le dernier-né du cinéaste aux irrécupérables manies clipesques, Steve Jobs ressemble surtout à l'indiscutable progéniture d'un Aaron Sorkin visiblement décidé à ringardiser le genre-même du biopic.

Difficile, en effet, d'oublier la présence du scénariste derrière cette mise en images « made by Boyle », étincelant principalement grâce à l'intelligence de son script. Tandis que les success stories portées à l'écran répondent souvent à la sempiternelle équation du rise & fall, celle de Steve Jobs (Michael Fassbender, impressionnant) dynamite totalement la forme cadenassée du biopic en évitant soigneusement l'hagiographie. Il n'est, pour autant, pas question de modeler le personnage en génie profondément détestable, si bien que les nuances sont légion lorsqu'apparaît le troublant portrait d'un homme complexe et tourmenté.

Représentant autant de comptes à rebours enclenchés avant le lancement d'un produit-phare, les interactions entre Jobs et son entourage (un casting de seconds rôles parfait) composent la structure opératique d'un film en trois actes. Nous ne verrons jamais la présentation de chaque innovation : Aaron Sorkin ne s'intéresse, une nouvelle fois, ni à la vitrine, ni aux apparences, mais bel et bien aux arcanes, aux coulisses de ces événements. Tant pis s'il en profite pour s'arranger avec la temporalité en compulsant ces échanges dans une salve quasi-ininterrompue de dialogues où le film perd en fidélité ce qu'il gagne en rythme et en vérité.

Ce n'est, d'ailleurs, peut-être (sûrement) pas un hasard si Aaron Sorkin s'est attelé, en quelques années, à deux faux-biopics évoquant, chacun à leur tour, des figures essentielles de la communication et de la technologie modernes. Steve Jobs et son entêtement, Mark Zuckerberg et son débit mitraillette … Qu'ils soient filmés par Danny Boyle ou David Fincher, les deux hommes partagent l'itinéraire du rejet, la souffrance affective comme naissance du désir créatif. Pour l'amour d'une femme ou l'attention de parents, l'un comme l'autre ont voulu prouver leur potentiel, montrer à ceux les ayant laissé sur le bord de la route qu'ils s'étaient trompés.

Chez Steve Jobs, la blessure finit par étouffer ses devoirs de père, un rôle qu'il refuse, incapable de reconnaître sa propre fille alors qu'il s'acharne paradoxalement à s'approprier la parentalité de ses inventions. Cette relation contrastée devient, dès lors, l'épilogue d'un cheminement personnel, celui de la renonciation à un passé douloureux, de l'ouverture à une responsabilité majeure transformant un constructeur visionnaire en géniteur assumé.

Céline Bourdin.

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