Laurence Anyways (Xavier Dolan, 2012)

Affiche Laurence Anyways (Xavier Dolan)Laurence Anyways | Réalisé par Xavier Dolan | Avec Melvil Poupaud, Suzanne Clément, Nathalie Baye (Canada, 2h48, 2012) | Date de sortie : 18 juillet 2012

Synopsis : Laurence Anyways, c'est l'histoire d'un amour impossible. Le jour de son trentième anniversaire, Laurence, qui est très amoureux de Fred, révèle à celle-ci, après d'abstruses circonlocutions, son désir de devenir une femme.

Melvil Poupaud et Suzanne Clément dans Laurence Anyways (Xavier Dolan)

A seulement vingt-trois ans, Xavier Dolan, considéré comme le petit prodige québécois, divise déjà public et critique : on l'adore pour sa sensibilité et son empressement, on le déteste pour son assurance et son arrogance. Son troisième long-métrage, Laurence Anyways, ne sera certainement pas celui de la réconciliation entre les deux camps tant son contenu ressemble à un condensé précoce de son œuvre. J'ai tué ma mère était un choc frontal, un cri insolent doublé d'une maîtrise du cadre flambante ; a contrario, Les Amours imaginaires, s'il paraissait plus poseur, devenait aussi plus lyrique et plus troublant. Laurence Anyways est, sans conteste, une parfaite combinaison des deux, l'alliance du chic et du choc, la fougue du premier associée au romanesque du second. 

En deux heures quarante qui défilent comme un claquement de doigts, le réalisateur narre dix années d'une histoire d'amour flamboyante entre Fred (Suzanne Clément, magnifique, qui éclabousse la pellicule de sa chevelure incendiaire) et Laurence (Melvil Poupaud, dans son plus beau rôle), un couple chamboulé par la révélation de ce dernier. Mal dans sa peau d'homme, Laurence veut changer de genre, muer vers celle qu'il a toujours été à l'intérieur sans renoncer à la femme qu'il aime. D'abord horrifiée par ce changement qu'elle ne peut accepter, Fred va suivre son compagnon dans cette démarche dont ils ne sortiront pas indemnes. 

Armé de sa fausse superficialité, Xavier Dolan épouse le ressassement des amours impossibles, tout en questionnant les notions de norme et de marge. Où se situe la limite exacte entre les deux concepts, quelle est la frontière à ne pas dépasser ? Le cinéaste évacue la transformation physique et le chemin de croix purement scientifique, s'attardant sur l'identité sexuelle : est-on encore soi-même après une telle métamorphose ? Peut-on aimer quelqu'un dans le souvenir de ce qu'il était, en le voyant renier ce que l'on a adoré de lui ? Les deux protagonistes y croiront jusqu'au bout, se séparant pour mieux se retrouver, s'affrontant dans des séquences tourbillonnantes où le poids des conventions et le regard des autres (saisissante scène du restaurant) tuent leur amour à petits feux. Gravitant autour d'eux, Monia Chokri est une sœur marginale, désireuse de rester la brebis galeuse de la famille, Nathalie Baye, une mère qui a oublié d'aimer son fils, apportant avec elles l'ironie et le décalage nous octroyant des respirations nécessaires.

Tantôt clippesque, avec ses envolées musicales estampillées « années 80 » (Visage, Duran Duran …), tantôt irrésistible, sa mise en scène survole ses personnages, les entraînant dans le courage de sa jeunesse, la fraîcheur d'un romantisme exacerbé et réaliste. Parce qu'il n'a peur de rien, Dolan jette ses tripes sur la table, avec une énergie qualifiée de « too much » par certains, mais ce sont précisément cette audace et cette sincérité qui finissent par payer et nous bouleverser durablement. Au féminin comme au masculin, ce sera Laurence, anyways.

Céline Bourdin.


(critique écrite lors de la sortie du film en 2012)

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